- Sujet : Est-ce dans la solitude que l'homme peut prendre conscience de lui même ?
- Concepts : Est-ce - dans - la - solitude - que - l'homme - peut - prendre - conscience - de - lui - meme - 16095 - conscient -
- Extrait du corrigé : Or, pour cet effet, il ne sera pas nécessaire que je montre
qu'elles sont toutes fausses, de quoi peut-être je ne viendrais jamais à
bout. Mais, d'autant que la raison me persuade déjà que je ne dois pas moins
soigneusement m'empêcher de donner créance aux choses qui ne sont pas
entièrement certaines et indubitables qu'à celles qui me paraissent
manifestement être fausses, ce me sera assez pour les rejeter toutes, si je
puis trouver en chacune quelque raison de douter. Et pour cela il ne sera
pas aussi besoin que je les examine chacune en particulier, ce qui serait
d'un travail infini; mais, parce que la ruine des fondements entraîne
nécessairement avec soi tout le reste de l'édifice, je m'attaquerai d'abord
aux principes sur lesquels toutes mes anciennes opinions étaient appuyées.
Une première piste pourrait
consister à s'intéresser à la démarche du doute cartésien, qui a lieu dans
un état de solitude. Cette solitude dans laquelle Descartes se retranche
pour examiner et remettre en cause la validité de ses opinions n'est que
relative et momentanée, mais elle devient une solitude absolue dans l'ordre
de la pensée : en effet, par le doute, Descartes s'abstrait totalement de
tout ce qui l'entoure, puisque, considérant que ses sens sont trompeurs,
celui-ci doute de tout ce qu'il perçoit grâce à eux : le monde extérieur,
les autres hommes, et même lui-même dans une certaine mesure. Il accède
ainsi à une conscience de soi particulière, parce qu'elle vaut pour tout
individu abstrait et pas seulement pour lui-même ; Descartes apporte donc
une réponse assez paradoxale au sujet : la solitude absolue lui permet une
prise de conscience de soi, mais le « soi » concerné n'est pas le soi unique
de l'individu mais un soi abstrait qui concerne chacun.
Cela amène à demander s'il
n'est pas nécessaire de s'inclure dans le monde, d'éprouver le rapport aux
autres, et donc de refuser la solitude, pour prendre conscience de
nous-mêmes non pas en tant que conscience abstraite mais en tant
qu'individus uniques inclus d'une manière elle aussi unique dans le monde.
* Rapport aux autres et
prise de conscience de soi
Marx
« Plus on remonte dans le
cours de l'histoire, plus l'individu - et par suite l'individu producteur
lui aussi - apparaît dans un état de dépendance, membre d'un ensemble plus
grand : cet état se manifeste tout d'abord de façon tout à fait naturelle
dans la famille et dans la famille élargie jusqu'à former la tribu ; puis
dans les différentes formes de communautés, issues de l'opposition et de la
fusion des tribus. Ce n'est qu'au dix-huitième siècle, dans la "société
bourgeoise", que les différentes formes de l'ensemble social se présentent à
l'individu comme un simple moyen de réaliser ses buts particuliers, comme
une nécessité extérieure. Mais l'époque qui engendre ce point de vue, celui
de l'individu isolé, est précisément celle ou les rapports sociaux (revêtant
de ce point de vue un caractère général) ont atteint le plus grand
développement qu'ils aient connu.
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