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Sujet : Lorsque la vérité dérange, faut-il lui préférer l'illusion qui réconforte ?

Extrait du corrigé : La difficulté propre à la formulation proposée est liée à la nature de l'illusion : si celle-ci n'est ni erreur ni simple apparence, elle ne peut faire l'objet d'une adhésion volontaire au sens plein du terme. On ne peut adhérer à l'illusion en connaissance de cause : tout savoir de l'illusion en tant que telle est déjà une vérité et la détruit, en la ravalant par exemple au rang d'apparence trompeuse dont le jugement critique a déjoué le pouvoir.- Problématisation de l'alternative.Illusion et vérité ne sont pas des contraires (vérité s'oppose à erreur, ou à fausseté). Si la préférence suppose la prise de conscience du pouvoir dérangeant de la vérité, elle atteste un rapport lucide, quoique caché, à la vérité. De même, la valorisation plus ou moins consciente de l'illusion enveloppe un savoir ambigu : la vérité de l'illusion, si l'on ose dire, est d'une certaine façon connue, mais seule est prise en considération, dans le moment présent, la « valeur » de l'illusion au regard de certains intérêts affectifs ou autres. Donc, celui qui, d'une façon ou d'une autre, préfère l'illusion qui réconforte à la vérité qui dérange, sait quelque chose qui est aussi une vérité. Mais ce savoir reste implicite, comme arrêté en chemin dans l'élucidation du vécu : le sens de la vérité est alors éprouvé comme problème au regard du désir de vivre et, si nécessaire, d'accorder pour cela une valeur aux apparences, fussent-elles par moments, et implicitement, éprouvées comme telles.- Repères bibliographiques pour approfondir cette problématisation.Pascal (Pensées).

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Définitions

  • vérité : La vérité concerne l'ordre du discours, et il faut en cela la distinguer de la réalité. Elle se définit traditionnellement comme l'adéquation entre le réel et le discours. Qualité d'une proposition en accord avec son objet. La vérité formelle, en logique, en mathématiques c'est l'accord de l'esprit avec ses propres conventions. La vérité expérimentale c'est la non-contradiction de mes jugements, l'accord et l'identification de mes énoncés à propos d'un donné matériel. On distinguera soigneusement la réalité qui concerne un objet (ce cahier, cette lampe sont réels) et la vérité qui est une valeur qui concerne un jugement. Ainsi le jugement : « ce cahier est vert » est un jugement vrai ou bien un jugement faux. La vérité ou la fausseté qualifient donc non l'objet lui-même mais la valeur de mon assertion. La philosophie, parce qu'elle recherche la vérité, pose le problème de ses conditions d'accès et des critères du jugement vrai.
  • faut-il : "Faut-il ?" est une question qui peut se poser à deux niveaux et donner lieu à un plan en deux parties : 1) la nécessité physique/matérielle/naturelle/économique/sociale, c'est-à-dire la contrainte des choses. 2) l'obligation morale, le devoir, c'est-à-dire l'impératif de la raison pratique.
  • illusion : Il convient de distinguer les illusions des sens et les illusions intellectuelles. Les premières ont une origine physiologique. Les secondes ont pour fondement les désirs et les passions.

Problématique

Est-on en droit, sous prétexte que la vérité apporte de la souffrance, tant morale que physique, de lui préférer l’illusion qui nous berce dans une douce ignorance ? La vérité est-elle source de souffrance en elle-même ou seulement en tant qu’elle désillusionne l’homme sur le monde et les choses ? N’est-ce pas bien plutôt l’illusion, dans son caractère irréductible, qui peut être source d’illusion ?

            Il faut donc en réalité s’interroger sur le statut de la connaissance : la vérité est-elle apte à rendre l’homme heureux, c’est-à-dire est-elle la réalisation pleine et entière de la nature raisonnable de l’homme si elle n’apporte que souffrance ?



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